Entretien avec Śrī Tathāta

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Śrī Tathāta, plus de huit cents personnes ont suivi votre enseignement sur le Dharma dans le Lot, cet été. Des personnes de toutes confessions, bouddhistes, musulmans, juifs, chrétiens, étaient présentes, également des athées…. Pourquoi les Occidentaux ont-ils tant besoin pour leur sâdhana – leur pratique spirituelle – de cette proximité d’âme avec la spiritualité indienne ?

Une sâdhana est essentielle pour notre évolution intérieure, l’éveil de notre âme, pour l’évolution de la Conscience. La sâdhana que je transmets correspond à la grande tradition de la Voie du Milieu, qui prend en compte à la fois la vie spirituelle et la dimension matérielle de l’existence. Une pratique spirituelle permet à l’énergie cosmique de rayonner au niveau du corps, de l’esprit et du prâna (l’élan vital). Il n’y a aucune différence entre les besoins profonds des Indiens et ceux des Occidentaux : les bienfaits d’une pratique spirituelle sont les mêmes pour tous les êtres humains de la terre ! Au cours de l’histoire, de nombreux Maîtres de toutes les traditions sont venus enseigner des sâdhanas pour l’éveil de la conscience du monde. Mais en essence l’âme est Une. Ainsi l’enseignement du Dharma est universel.

Vous dites que la spiritualité n’est pas la religion… ? N’est ce pas de cette eau spirituelle universelle contenue dans votre enseignement dont les centaines de disciples occidentaux ont réellement soif ?

Oui, il y a une différence entre la religion et la spiritualité. L’enseignement du Dharma par les Rishis – les mystiques visionnaires de l’Inde – n’était pas une religion. Le Dharma est un autre mot pour qualifier la « Réalité ultime ». En ce sens, l’enseignement des Rishis était universel. Les religions, colorées par une culture, servent d’intermédiaires entre les êtres et la Réalité ultime. Mais le Dharma transcende toutes les limitations, les cultures, les religions et ouvre à une conscience divine infinie. Le Dharma est au-delà de toutes catégories et s’adresse à l’humanité entière. Un musulman, un juif ou un chrétien peut suivre la voie du Dharma sans nier sa religion. L’évolution de la conscience passe par cette pratique universelle du Dharma. Quand on pratique le Dharma, on accède aux plus hauts niveaux de conscience. Le Dharma est un chant écrit pour tous. Il n’y a pas un Dharma indien ou français ! La Réalité ultime doit être pensée comme un Tout. A ce niveau de conscience, toutes les distinctions de cultures ou d’appartenances religieuses disparaissent. Le Dharma est Un. La Réalité ultime est Une. La Vérité est Une. Le bonheur ultime est Un.

Comment analysez-vous le succès de votre tout premier programme d’enseignement en France ? Pourquoi autant de ferveur spirituelle de la part des centaines de Français présents, de tous âges et niveaux sociaux professionnels ?

J’ai été très impressionné par l’accueil des Français. La France a hérité d’une très forte tradition spirituelle… C’est pourquoi je pense que ce pays pourrait être le terreau d’une nouvelle Conscience pour le monde entier. Cette terre, le sol français, peut recevoir le Divin et permettre son rayonnement. J’ai ressenti une grande maturité spirituelle chez les participants. Ils sont comme des bourgeons sur le point d’éclore, de s’épanouir… Une énergie divine est déjà descendue dans leur âme. La plupart d’entre eux ont déjà suivi les enseignements d’un maître spirituel et ont commencé à appliquer le Dharma dans leurs vies. Ils sont prêts pour une nouvelle progression de leur conscience… La France est une terre sacrée qui peut recevoir le rêve des Rishis indiens, et des maîtres de tous les temps. Les âmes françaises portent en elles les qualités spirituelles nécessaires pour que ces rêves deviennent réalité. L’Inde serait, en quelque sorte, le Père de cette vision du Dharma et la France la Mère. Durant ces quelques jours, l’enseignement du Dharma a fécondé en profondeur l’âme des participants français. Un nouvel enfant vient de naître… (Il rit).

Śrī Tathāta, vous ressemblez beaucoup à Śrī Aurobindo, et Maïtreyi Amma est française comme Mère. Quand on vous voit ensemble, on pense aussitôt à ce couple spirituel.

Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec Maïtreyi Amma et de son rôle dans la transmission de la voie du Dharma ?

Quand j’ai rencontré Maïtreyi Amma en Inde, j’ai compris qu’elle était venue avec une grande mission, celle d’une réunification spirituelle, à travers la voie du Dharma, entre l’Inde et la France. Le jour de son arrivée dans mon ashram dans le Kérala, je lui ai demandé quelle était la nature de sa quête. Elle a répondu qu’elle ne pensait pas que la Réalisation du Soi soit l’étape finale du chemin et qu’elle cherchait un Maître qui pourrait la mener jusqu’à l’expérience de la Vérité ultime [l’illumination complète corps-esprit]. J’ai alors compris qu’elle avait une confiance absolue dans la voie du Dharma. J’ai réalisé aussi que nous pouvions porter ensemble cette mission dans le monde. Et Maïtreyi Amma a commencé à diffuser le Dharma en France et dans le monde. Il y a cinq ans, elle m’avait déjà invité en France, mais les temps n’étaient pas prêts, et j’ai dû décliner sa gentille invitation. Cette fois ci, j’ai su que l’heure était venue : ma visite en Europe était la Volonté du Temps.

A 65 ans, c’est votre premier voyage en dehors de l’Inde, ainsi que pour les moines qui vous accompagnent. Quelles sont vos impressions ?

C’est pour nous une profonde et extraordinaire expérience. Nous sommes heureux que la France soit notre toute première terre d’accueil hors de l’Inde. La générosité et la bienveillance des Français nous ont beaucoup touchés. En fait, nous ne nous sommes pas sentis dans un pays étranger mais sur une terre natale, sur une terre universelle… Car l’Amour est sans frontières. L’Amour est partout.

Hier, 15 août, vous avez célébré deux événements : la fête de la Mère Divine et l’anniversaire de l’Indépendance de l’Inde. Gandhi a-t-il inspiré votre enseignement qui, au-delà d’une quête de transformation individuelle, intègre une dimension de transformation collective ? Comme Gandhi, vous nous invitez à pratiquer une sâdhana dans les moindres gestes de la vie quotidienne et à nous impliquer dans des changements de société ?

Mon inspiration n’est pas venue de Gandhi, même si j’ai beaucoup d’admiration pour la réalisation spirituelle et politique de ce Saint homme. A un moment de mes ascèses, après que ma conscience eut été pendant longtemps en fusion avec la Conscience Divine, il m’a été donné de voir, toujours dans un état de samadhi, la souffrance du monde dans son ensemble. Puis il m’a été révélé qu’il y avait une solution pour mettre fin à la souffrance : que les êtres humains suivent le Dharma védique adapté au temps présent. C’est la seule solution.

Alors que je venais de passer plusieurs années en grandes ascèses, j’ai compris que l’heure était venue pour moi de revenir dans le monde. J’ai alors réalisé à quel point la vie des êtres humains était dénuée de sens lorsqu’ils se contentent uniquement de satisfactions matérielles. D’un autre côté, la vie spirituelle reste également inaccomplie lorsqu’elle ne s’incarne pas dans tous nos gestes et nos relations : avec notre famille, nos voisins, la nourriture, les animaux, la Nature etc… L’énergie Divine doit rayonner dans tous les aspects de notre vie.

Vous intéressez-vous à la politique et aux problèmes d’environnement ? Encouragez-vous les personnes qui suivent votre enseignement à s’impliquer dans ces domaines ?

Je suis très inquiet de l’évolution du monde… Mais, ce dont je suis certain, c’est qu’on ne trouvera pas de solutions aux problèmes du monde sans une approche spirituelle. La conscience de l’humanité doit vraiment faire un très grand pas en avant, et pour cela la purification du corps, prâna et du mental est essentielle. Plus la conscience des êtres humains sera emplie de lumière, plus des solutions apparaîtront permettant de résoudre les problèmes graves du monde. La tendance destructrice n’est pas liée à la partie proprement humaine contenue dans l’être humain mais à ses pulsions animales qu’il ne peut maîtriser. C’est pourquoi il convient de passer du stade humain-animal au stade humain-humain, puis de continuer l’évolution vers le stade « humain divin », et enfin jusqu’à l’état de « complète divinité ». Mère Nature ne nous a jamais autorisé, en tant qu’êtres humains, à manifester des tendances destructrices. Les hommes détruisent Mère Nature car leur conscience s’exprime uniquement au niveau de l’animalité.

La réponse, pour passer au stade humain-humain puis à un accomplissement divin, est la pratique quotidienne d’une sâdhana, vous insistez sur ce point ?

La période actuelle de l’humanité est cruciale. Chacun doit se réveiller. C’est ce qui est demandé à l’être humain. Les Dharma Sûtrâs* [Sûtrâ signifie verset en sanscrit ; les Dharma Sûtrâs, au nombre de cinquante, constituent un enseignement de sagesse que Śrī Tathāta a reçu du Divin alors qu’il était en samadhi, au début des années 1990] expliquent que la soif intérieure profonde des êtres humains rejoint le but même de la Nature : atteindre la perfection divine. Pour aller vers ce but de vie divine sur terre, les êtres humains doivent prendre conscience que leur façon de vivre basée sur les sens est insuffisante, et aussi que leur mental actuel n’est pas leur véritable esprit, car il vient de leur éducation, a été emprunté à de la société. Pour quitter le stade animal-humain et évoluer vers des niveaux supérieurs de conscience, il faut se purifier complètement et, en premier lieu, abandonner ce qui est animal dans notre nourriture. Ce que Mère Nature nous offre est une nourriture végétarienne. Il convient aussi de quitter des habitudes comme prendre de l’alcool, du tabac,… Enfin, il est nécessaire de pratiquer la sâdhana quotidiennement.

Śrī Tathāta, un Être tel que vous pratique-t-il toujours une sâdhana ?

Même si je n’en ai pas besoin pour moi-même, je pratique, essentiellement pour donner l’exemple. Ma pratique est un encouragement à la pratique, pour tous ceux qui suivent l’enseignement du Dharma !

Alors, vous êtes comme un immense banian qui porte un grand nombre d’êtres dans ses branchages, n’est-ce-pas ?… (Il rit)

Vous dites être « très optimiste quant au réveil spirituel de l’humanité »… Pourquoi ?

Oui. Pour une grande partie de l’humanité, il est aujourd’hui tout à fait possible de faire le chemin d’élévation de conscience sans pour autant devenir ascète. Tout comme l’ont fait le Christ ou Bouddha, j’affirme que la transformation de l’être doit concerner sa vie incarnée dans le monde. Les êtres humains doivent s’emplir de Lumière pour la diffuser dans tous les aspects de leur existence. Le deuxième Sûtrâ dit : « De tous les êtres créés, l’humain est le plus noble ». La noblesse de l’être humain est basée en premier lieu sur sa capacité à aimer, sur l’amour et la compassion qui l’habitent. Le véritable humain se caractérise par un cœur ouvert et un sentiment d’amour pour tous les êtres. Le deuxième aspect de cette noblesse est le discernement. Que faire et ne pas faire ? Quand accepter et quand s’abstenir ? Tous les choix de notre vie doivent être basés sur le discernement. Les êtres humains sont maintenant prêts à entendre ce message, je le constate ici en France.

Pour conclure, quel est le message que vous adresseriez aux générations futures ?

Vous êtes des enfants Divins. Une grande énergie spirituelle vous est donnée, ne la gaspillez pas. Utilisez-la pour porter la Connaissance spirituelle dans le monde. Vous êtes la Beauté et la Vérité divines incarnées. Ne détruisez pas cette Beauté et cette Vérité. Devenez conscients du vrai but de la Vie et de votre vie. Soyez des êtres nobles. Alors vous vivrez une floraison spirituelle et vous saurez soulager un grand nombre de personnes en souffrance et leur apporter le réconfort.

Propos recueillis par Nathalie Calmé

16 août 2007