Rencontre avec Maïtreyi Amma

le 7 juin 2006, par Vignesh

A : Mère, pouvez-vous nous parler de l’impact de l’Inde, de l’ambiance de l’Inde ?

M.A. : L’Inde c’est d’abord une abondance, une abondance de parfums, de couleurs, de sons et de vie, où Dieu est présent partout. Pour l’âme, c’est le bonheur de rentrer à la maison. Fin mai 1996, je rencontre un Français qui me dit : « Tu ne connais pas Bénarès ? C’est une ville comme nulle autre sur la terre ! ». Alors, le lendemain, nous achetons des billets de train et nous nous y rendons. Là, je mesure toute la profondeur de l’Inde. C’est très difficile de mettre des mots sur cette expérience, c’est comme si tout d’un coup mon âme chantait sa musique divine. KASHI… le bord de la Ganga… on a vraiment l’impression que le Divin est là, manifesté sur la terre. Je suis touchée au plus profond de mon être. A Kachi la Divine, je rentre enfin à la maison.

A : Beaucoup de gens ont une recherche, parfois dans beaucoup de directions, et pourtant on a parfois l’impression qu’avec tous ces efforts en Occident, ils n’avancent pas, ne sont pas libres ni épanouis, comme s’ils tournaient en rond sans trouver la terre promise. Il leur manque l’impact direct des forces de l’esprit. Mais quand ils vont en Inde, alors là, il se passe quelque chose, ils reviennent changés. On peut se convaincre alors que le message fondamental de l’Inde s’adresse absolument à tous. Il est tellement universel que l’on veut dire aux gens d’aller se ressourcer, d’embrasser cette terre, de visiter les lieux saints et de rencontrer les sages qui les attendent.

M.A. : En Inde, l’expérience est à chaque instant, c’est vraiment unique. Cela peut aller jusqu’à des états fusionnels avec le Divin, entraînant souvent une grande euphorie, un sentiment intense de liberté. En vivant cela, il faut faire très attention, ne pas tomber dans l’excès, dans la fuite du monde occidental, comme vouloir jeter ses papiers d’identité dans la Ganga. La bonne démarche, c’est d’aller à la source, de prendre un bain de jouvence et de revenir en Occident pour laisser évoluer sa nouvelle conscience et partager les connaissances que l’on a acquises. Si l’on veut que le monde occidental change, il faut cet échange entre l’Orient et l’Occident.

A : Il faut cet aller retour entre l’Orient et l’Occident, mais ce voyage, notre âme le connaît, elle l’a fait bien des fois, vous avez fort bien développé ce sujet dans votre Conférence récente au Mans. C’est pour cela que nous avons ce sentiment quand nous sommes en Inde que c’est le retour à la maison et que là tout est plus facile pour les buts de l’âme. Des âmes d’Orient vont s’incarner en Occident et des âmes d’Occident retournent ou retourneront en Orient, il y a là un jeu divin…

M.A. : A mon sens, il n’y a pas des âmes d’Orient et des âmes d’Occident. L’âme est issue du rayonnement cosmique, tantôt elle est incarnée en Orient, tantôt elle est incarnée en Occident. Actuellement, il faut que l’humanité fasse un grand pas, un saut même dans son évolution et c’est pour cela qu’il y a beaucoup de Maîtres qui s’incarnent en Occident et aussi des Maîtres indiens ou orientaux qui visitent les pays occidentaux et notamment la France.

A : La France qui a un rôle à jouer, pouvez-vous en parler ?

M.A. : La France est active par rapport à l’émergence de la haute spiritualité. Regardez le rôle de Vijayananda à l’ashram d’Ananda Mayi Mâ, de Satprem pour Mère et Aurobindo. Et dans le cas de Chandra Swami, le Français Yvan Amar a largement contribué à le faire connaître. On disait dans les temps anciens que la France est la fille aînée de l’Eglise. Elle devait montrer le chemin. Aujourd’hui, elle a de nouveau un rôle à jouer. Śrī Tathāta dit que mon incarnation ne pouvait être qu’en France.

A : Merci de nous donner ces encouragements dans une période où ce n’est tout de même pas évident pour la spiritualité en France. Je reviens sur la notion de réincarnation. Elle n’est pas indispensable pour s’approcher du divin, et les grands mystiques chrétiens qui ignoraient ce concept qui n’était plus enseigné dans l’Eglise ont pu sans cette connaissance aller jusqu’à la fusion avec le Seigneur avec le Seigneur. Mais cette compréhension est aujourd’hui utile pour obtenir une certaine sagesse, une compréhension des lois cosmiques.

M.A. : C’est vrai, pour l’Occidental qui était dans la religion chrétienne, cela n’avait pas grande importance. Il était dans l’inspiration de la pure Bhakti, la totale dévotion au Seigneur. Il ne se posait aucune question. Il vivait le pur amour pour le Divin, la transformation se faisait toute seule. Mais aujourd’hui, le mental est si puissant qu’il cherche, parfois qu’il exige, des réponses au pourquoi de l’existence. Alors, il est bon que des clés lui soient données pour l’apaiser.

A : Pour ramener les gens vers la spiritualité. Car ils ne peuvent plus maintenant avancer sans ces clés là ?

M.A. : Tout à fait. Si une personne en Inde à un moment donné de sa vie fait le choix de se tourner vers le Divin, de choisir une vie spirituelle, il y a toujours quelqu’un autour d’elle dans la famille, qui a un Maître, et qui va lui donner la bonne adresse. Elle ne va pas se perdre. Toutefois pour un Occidental qui peut-être est devenu athée, ou qui a une façon de voir très terre à terre, cela ne va pas être facile de retrouver le chemin du Divin. Si on ne veut pas entrer en religion, il n’y a pas beaucoup de choix. Ce que j’ai pu constater, c’est que depuis une vingtaine d’années, les gens sont allés vers quelque chose de plus pur. Beaucoup se sont rapprochés de la nature, par exemple en marchant, randonnant, faisant du vélo. Un grand nombre aujourd’hui respecte l’environnement et cherche à retrouver une présence dans cette relation à la nature. D’autres poussent plus loin leur recherche et rencontrent des maîtres, et enfin leur Maître.

A : Il y a une expérience racontée dans votre biographie, où vous parlez de la conscience que vous avez de votre descente en incarnation avant la naissance. Est-ce que vous avez pris la réincarnation comme une croyance ou est-ce que vous saviez ?

M.A. : J’ai toujours su cela, je suis arrivée avec cette conscience, qu’il s’agisse de la réincarnation ou plus largement de la réalité de l’existence de Dieu. Beaucoup de gens sont dans l’effort pour rejoindre le Divin, ils s’efforcent de croire. Mais la foi n’est pas une croyance, c’est une force intérieure, un état d’être. A l’âge de 7 ans, je parlais déjà du Divin, et de la réincarnation comme quelque chose de naturel, alors que j’étais dans une famille chrétienne à peine pratiquante.

A : Vous avez tout de même pu vous épanouir dans ce contexte de « minimum vital spirituel » ?

M.A. : C’était un milieu qui me laissait pratiquer, dire des prières et tout ce que je voulais, aller à l’église aussi, et c’est là que j’allais parce qu’il n’y avait pas d’autres portes. Mais lorsque j’ai commencé à poser ces questions sur la réincarnation au prêtre, à mes parents, très vite on m’a dit qu’on ne parle pas de ces choses là.

A : Mais vous aviez votre monde à vous ?

M.A. : De la naissance à l’âge de six ans, je suis aveugle. Je vis alors dans deux mondes : mon monde secret avec Jésus, Marie, des Yogis, des êtres de lumière ; et ma famille terrestre. Jusqu’à ce que j’y voie clair, le passage d’un monde à l’autre se fait naturellement. Le fait d’être aveugle me protège, me permet de ne jamais oublier le Divin. Car les autres enfants, eux, oublient. Puis vers les 11 ans et demi, je découvre avec une grande tristesse que les autres n’ont pas accès à ce plan de conscience que je connais. Je me sens terriblement seule.

A : Cela correspond à quoi, 11 ans et demi ?

M.A. : C’est ma communion solennelle. Je m’aperçois que les autres ne voient et ne perçoivent pas d’autres mondes. C’est un choc. Je me demande comment on peut vivre dans une telle ignorance.

A : C’est vrai, je me souviens de ce qui est raconté au sujet de votre communion solennelle dans votre biographie. Mais avez-vous alors envie d’aider vos proches ?

M.A. : Lorsque je réalise cette ignorance, je sais aussi que le but est la fusion avec le Divin et la transformation des cellules en lumière. Je prends conscience de l’ampleur de la tâche pour aider les humains. Déjà à l’âge de 7 ans, j’ai dit à mes parents « Vous ne priez pas assez, vous allez devoir revenir de nombreuses fois ». Mais ils n’ont pas compris ce que j’ai dit.

A : Est-ce que cette compréhension provient de souvenirs ?

M.A. : Non, mais je déjà je sais que l’on vient sur la terre, pour faire des expériences, puis que l’on meurt et que l’on vient à nouveau jusqu’à devenir parfait.

A : C’est une Connaissance ?

M.A. : Oui, c’est cela. Avant de venir sur terre, l’évolution humaine m’a été expliquée et montrée comme un film.

A : Dans le film de Pierre Fougea sorti en 1998 « Hanuman » qui se déroule dans l’antique cité de Kishkindha, royaume des singes en Inde du sud, l’ermite gardien du sanctuaire du Dieu a été tué. L’une des dernières images du film est assez émouvante car on voit sur la montagne dans la grotte du sage un autre ermite qui prend sa place. Cela symbolise la perpétuation de la Connaissance et d’une mission sacrée. C’’est comme dans l’Arunachala ou encore en tant d’autres lieux, un sage s’en va, un autre sage arrive à sa place. Les hommes ne sont jamais abandonnés dans leur quête de protection et d’avancement spirituel. Prenez-vous le relais de celle que l’on nommait Douce Mère, la compagne de Sri Aurobindo et qui nous a quitté en 1976 à l’âge de 95 ans? Vous êtes vous aussi une Mère Française, vous propagez l’enseignement d’un sage Indien comme elle l’a fait. Or ce sage, Śrī Tathāta, ressemble assez à Sri Aurobindo, on en reparlera sans doute.

M.A. : On peut en parler tout de suite si vous voulez. Śrī Tathāta n’est pas une réincarnation de Sri Aurobindo malgré la ressemblance étonnante ; il était déjà né avant le départ de Sri Aurobindo. Mais je crois que Dieu joue et fait des clins d’œil. Avec Mère, j’ai vraiment un lien. Cette histoire est racontée dans ma biographie. En juillet 2002, je vais à Pondichéry. C’est une période où je trouve les Français lents à se réveiller spirituellement. Je suis presque découragée et me dis « Mais on n’y arrivera jamais ». De fait j’ai un peu le caractère de Mère, un peu impatiente comme elle. Je me rends au Samadhi de Sri Aurobindo et Mère à Pondichéry, et en m’inclinant sur leur tombe je demande à Mère toute son aide. Je lui dis : « Toi qui connais les Français, aide-moi à les réveiller ! ». Puis je m’assieds près du mur pour méditer. Le moine de Śrī Tathāta qui m’accompagne est assis à ma droite. Une dame anglaise assez âgée est assise sur une chaise juste à ma gauche. Une fleur de l’arbre qui ombrage le samadhi tombe sur ses genoux. La dame me tapote l’épaule et me donne la fleur en me disant « Douce Mère vient de me dire que cette fleur est pour vous ». Pour moi, c’est un beau signe de Mère. Je la remercie infiniment. De retour en France, je comprends que la réponse est au-delà de mes espérances ! Je ne suis plus seule, des personnes deviennent proches de moi pour former le petit groupe qui m’accompagne aujourd’hui pour la mission.

A : Connaissez-vous Mère Meera qui réside en Allemagne ?

M.A. : Oui, je connais un petit peu son travail qui se fait dans le silence.

A : Comme elle donne aussi un Darshan j’en viens à vous demander ce qui se passe lorsque vous donnez le Darshan.

M.A. : Pendant le Darshan, j’offre de l’amour, et aussi ce dont la personne a besoin de recevoir à ce moment pour son évolution. Par exemple la force, la confiance, ou encore le lâcher prise si la personne a besoin de s’abandonner.

A : C’est donc une réponse au besoin de l’être. J’ai retrouvé une personne de ma connaissance qui a reçu le Darshan au Mans, c’est une personne qui découvre juste la spiritualité indienne et qui a l’air de comprendre vite. Elle m’a dit que la conférence a été pour elle formidable car elle avait tout compris. Ceci m’a confirmé dans mon sentiment que votre enseignement dans son apparente simplicité peut en réalité toucher des chercheurs à tous les niveaux du sentier ; car moi par exemple qui connaît bien les sujets que vous développez, j’ai trouvé vos explications très précises, très utiles et fort instructives. Vous avez donc cette faculté de vous adapter aussi bien à tel ou tel auditoire donc à un ensemble, à un collectif, qu’à chaque personne. Le Darshan est individuel et chacun va en effet recevoir ce qui lui revient. Cette dame dont je parle était encore plus ravie par le Darshan car il lui a semblé que les quelques mots que vous lui avez dit ne pouvaient s’adresser qu’à elle.

M.A. : Je voudrais donner une précision à ce sujet. Les quelques mots que je donne parfois lors du darshan ne sont pas du channeling.

A : Je dois dire que cela ne me fait pas du tout l’effet d’un channeling.

M.A. : Au moment du darshan, c’est une explosion de lumière en moi. La Présence de la Mère Divine agit, de façon spontanée. Je peux donner le darshan dans l’instant, l’énergie est là. Plus la personne est centrée et plus elle reçoit. C’est le rayon de la Mère Divine correspondant à son besoin profond qui vient en elle à ce moment.

A : C’est une présence en vous, la présence de la Mère Divine, mais qui se manifeste à certains moments en fonction des sollicitations extérieures ?

M.A. : Cette Présence est tout le temps là. Mais elle se manifeste de façon plus intense lors du darshan.

A : Dans tous ces rayons de la Mère Divine, il y a l’aspect de compassion, de force dans l’action pratique. Quand on va en Inde, on a le choc des manques, de la pauvreté matérielle. En ce qui mon concerne, après mon premier voyage je me suis dit que de deux choses l’une : soit je n’allais jamais remettre les pieds en Inde, soit j’allais une fois de retour en France faire quelque chose sur le plan humanitaire. On ne peut pas se contenter de venir se servir, de prendre des provisions de la beauté spirituelle que l’on trouve et ne pas chercher à offrir en échange une aide matérielle qu’il est facile pour nous de donner. Je crois que c’est de plus en plus vrai car si l’Inde est sur la voie du « développement », les écarts comme partout dans le monde entre riches et pauvres se creusent. Je trouve très important la prise en compte de cette dimension humanitaire dans votre parcours indien, qui s’est concrétisée lors de vos séjours à Bénarès où vous preniez soin de petits enfants après avoir été dans la mission de Mère Térésa. C’est d’autant plus touchant que vos actions ont laissé des effets bénéfiques qui sont encore visibles sur le long terme.

M.A. : Je ne suis pas restée longtemps dans la mission de Mère Térésa à Bénarès. J’y suis allée pour apprendre les soins, apprendre à faire les pansements et à identifier les premiers symptômes de la lèpre et de la tuberculose. Immédiatement, des petits de la rue sont venus à moi spontanément, et j’ai commencé à les soigner comme une maman le fait pour ses enfants.

A : Les maîtres indiens eux-mêmes font un grand travail humanitaire, comme Amritananda Mayi Mâ (Amma) dans le Kerala, qui exprime ce travail du divin dans l’action auprès des plus malheureux. En Occident il y a tout de même une opulence, même si on râle tout le temps (surtout les Français !). Il est bon de ramener les chercheurs trop intellectualisés aux réalités basiques de la spiritualité.

M.A. : On ne peut pas progresser longtemps spirituellement si l’on n’est pas dans l’attention de ceux qui souffrent. Les bonnes et mauvaises actions que nous faisons ont aussi des répercussions dans notre vie présente et les prochaines. C’est ce que l’on appelle le bon et le mauvais karma. Le Divin a fait de l’Inde le pays des extrêmes. La pauvreté, et la haute connaissance. Comme pour nous obliger, nous Occidentaux, à voir la globalité de l’existence : ne pas venir uniquement pour se servir, car comme le dit le Boudhha, on ne peut être dans la félicité divine tant que les êtres souffrent autour de nous.

A : Il faut pousser les gens plus loin que la vision qu’ils ont au bout de leur tapis de yoga ou de leurs petites méditations relaxantes…

M.A. : Plus loin !

A : Dans la lecture du livre il y a un détail qui m’a captivé : c’est l’histoire de la photo de Sankarâchârya que vous gardiez toujours avec vous. En fait c’est la photo d’un petit livre en langue du Kerala et votre dévotion pour ce grand saint du VIIIe siècle après JC vous conduit jusqu’à son lieu de naissance près de Cochin. Et ce n’est pas tout : vous allez jusqu’à Kollur dans le Karnataka, car c’est le lieu où il a atteint l’illumination à l’âge de 7 ans après avoir été dans le temple de Mokambika qui est dédié aux trois aspects de la Mère Divine. Ce récit est étonnant, vous faites la difficile ascension de la grotte où s’est illuminé Sankarâchârya et où réside un Sâdhu avec son Sishya, c’est un peu l’image que j’ai évoquée tout à l’heure du film « Hanuman », il vous aide à monter. Pouvez-vous nous parler de cette photo de Sankarâchârya ?

M.A. : Cette photo de Sankarâchârya m’accompagnait. Il s’agissait de la couverture d’un tout petit livre de poche que je pouvais emporter partout. Cette photo m’évoquait la pureté d’âme et la sagesse qui m’habitaient dans mon enfance.

A : On a l’impression que c’est Sankarâchârya qui vous a guidée vers la rencontre déterminante, le 10 février 2000.

M.A. : Oui, j’en suis sûre ! Au sommet de la montagne, j’avais prié Sankarâchârya de me faire rencontrer le Prophète. En redescendant sur Kollur, j’ai vu le Dharma Pitha. Il était en construction encore et beaucoup de personnes s’activaient autour de lui. Une énergie tellement puissante émanait de ce Temple que j’ai cru qu’il s’agissait d’un Samadhi (lieu où repose le corps d’un sage).

A : Vous avez pensé que ce lieu était déjà consacré ?

M.A. : Oui, car l’on ressent rarement une telle intensité d’énergie. Je voyais une colonne de lumière Terre Ciel l’envelopper, la même que lorsque je suis allée dans mon enfance au Mont Saint Michel, juste après avoir recouvré la vue. Quelques heures après, j’ai eu une très forte intuition que cette petite ville de Kollur allait bientôt devenir un très haut lieu pour l’humanité. Je savais qu’il fallait implanter quelque chose dans ce lieu si sacré, alors je me suis mise en quête d’une maison à louer, dans un premier temps.

A : Et bientôt a lieu la rencontre programmée par le Divin…

M.A. : Plus tard dans l’après midi, après avoir marché sous un soleil de plomb, j’ai la tête qui tourne, et je n’ai pas d’eau. La personne qui m’accompagne va voir aux environs, et m’indique une maison à quelque cent mètres. Nous y allons, et en entrant nous nous apercevons que c’est un ashram. En faisant le tour du bâtiment principal, je me trouve soudain devant le Temple que j’avais admiré quelques heures auparavant.

A : Ce Temple n’est pas visible depuis l’extérieur ?

M.A. : Lorsque l’on arrive par la rivière, le Dharma Pîtha est caché par la végétation. C’est lorsque l’on passe le premier bâtiment que le Dharma Pîtha se révèle.

A : Et la rencontre avec le Maître a lieu, avec une mise en scène divine très simple, sans ostentation et pourtant symbolique, mais là je crois qu’il faut laisser les internautes la découvrir dans votre livre. Derrière ce temple il y a un saint homme vivant, un prophète et même un Avatar. Ce temple a une forme particulière, il me fait penser au Matrimandir dont les plans ont été réalisés par Douce Mère, sur des souvenirs des temples d’Egypte. Je sais que la Mère avait dit que plus tard lorsque le Nouvel Age serait en train de s’installer d’autres Matrimandir seraient construits.

M.A. : Śrī Tathāta a reçu, il y a une quinzaine d’années environ, l’ordre de faire ce temple, après avoir réalisé de grandes tapasya, c’est à dire une longue ascèse. Alors il a envoyé ses moines deux par deux pour chercher le lieu où le construire. Il savait, mais un Maître n’a pas le droit de dévoiler certaines informations car il faut une confirmation venant de l’extérieur. Et c’est ce qui s’est passé : une fois les éléments réunis, Śrī Tathāta a révélé que Kollur était bien le lieu.

A : Et après cette recherche sur l’emplacement, c’est lui qui a conçu les plans de ce monument ?

A.M. : Il a appelé alors neuf architectes. Il leur a donné quelques instructions de base. Ils ont fait chacun leurs plans, et l’un des architecte a appelé l’une de ses amies. Lorsque Śrī Tathāta a vu les plans de cette architecte, il a dit que c’était elle qui avait été inspirée et choisie par la Mère Divine. Les formes arrondies de cette architecture sont en accord avec les énergies de la Mère Divine. Le Temple repose sur des connaissances védiques en architecture sacrée.

A : Cela j’avoue me donne très envie de me rendre dans ce haut lieu. J’ai, comme beaucoup de chercheurs, fait la visite de certains hauts lieux en Inde, et l’endroit où j’ai ressenti le plus de forces est devant le temple de Badri à Badrinath dans l’Himalaya, en 1994. Cet endroit est sacré à plus d’un titre, car Sri Sankarâchârya y a consacré un lingam en l’an 800. On suppose qu’il a été instruit dans cet endroit par l’Avatar Babaji, le yogi immortel dont l’Ashram est caché dans les montagnes environnantes, et ce lieu saint consacré à Vishnou a été réactivé par Saï Baba en 1961. Ce lieu contient des énergies incroyables. Cependant il s’agit d’un lieu plutôt hors d’atteinte. En revanche le Dharma Pîtha, je crois le sentir, doit jouer un rôle très important pour la terre car son énergie devrait toucher beaucoup de gens à partir de maintenant comme dans le futur. Cet aspect avec l’énergie féminine devrait aider l’humanité à retrouver un plus juste équilibre dans la loi des polarités. Est-ce que vous pouvez en parler ?

M.A. : C’est bien de l’énergie de la Mère Divine dont l’humanité a besoin aujourd’hui. Je vais donner un exemple. Dans une famille qui a de jeunes enfants, si la mère fait une méditation, une puja, une prière, et qu’un de ses enfants vient la déranger, elle va lui permettre de s’asseoir à côté d’elle et va l’associer à sa pratique. Si c’est le père qui médite, la maman va dire à l’enfant de ne pas le déranger. Il est de notre responsabilité de montrer le chemin aux enfants. La mère et le père doivent avoir l’esprit maternel très développé et introduire les enfants de façon très naturelle à la vie spirituelle. Cela les fortifiera à l’âge adulte.

A : Vous pensez que les hommes aussi doivent avoir cet aspect maternel dans l’éducation ?

M.A. : Oui. De plus en plus d’hommes sont capables de manifester l’aspect maternel. Les hommes qui viennent vers moi ont déjà pu établir une partie de leur féminin intérieur. Fondamentalement, nous avons tous les deux polarités.

A : Les enfants qui méditent avec les parents vont-ils recevoir l’énergie spirituelle à travers les parents ?

M.A. : Si les parents méditent avec leurs enfants, ces derniers seront beaucoup moins turbulents. Ils recevront l’énergie spirituelle directement en eux-mêmes, et également la force et la protection à travers le père, et l’action et la capacité d’aimer à travers la mère.

A : Quand vous évoquez votre dévotion pour Sankarâchârya, vous dites qu’il a la douceur du Christ et la sagesse du Bouddha. Le Christ est très présent dans votre vie de mystique, il se manifeste à vous très tôt pour vous guider, vous préparer à entrer dans la mission du prophète. Mais maintenant que vous êtes avec Śrī Tathāta, est-ce que le Christ vous contacte toujours ? Le percevez-vous comme Christ ou comme Jésus ?

M.A. : Aujourd’hui encore, le Christ se manifeste à moi pour me guider lorsqu’il le désire. Les grands prophètes s’incarnent uniquement pour une mission particulière, donc rarement. Mais leur rayon, leur qualité essentielle, peut vivre dans d’autres prophètes. Les personnes qui rencontrent Śrī Tathāta peuvent observer et ressentir qu’il est habité du rayon du Christ et de celui du Bouddha.

A : Avez-vous eu des difficultés pour comprendre qu’Il était l’être de votre destinée spirituelle, ou avez-vous eu des signes ?

M.A. : Je l’ai su immédiatement ! Dans l’instant, dès que j’ai croisé son regard. J’avais déjà rencontré des grands maîtres. Mais je cherchais une expression divine au-delà de tous les pouvoirs miraculeux, et Śrī Tathāta est une pure émanation du Divin.

A : C’est le cas aussi d’un Avatar comme Mère Meera qui n’a pas eu d’incarnations humaines. En fait vous appartenez à ce que l’on nomme en occultisme supérieur la vague du mouvement descendant qui va à la rencontre des hommes et des Maîtres passés par de nombreux processus de réincarnations et donc d’expérience terrestre.

M.A. : Exactement. Et ceux qui ne viennent que de temps en temps ont une mission encore différente. Nous sommes tous indispensables les uns et les autres. Si Mère Meera et Amma (Amritananda Mayi Mâ) n’étaient pas venues, ainsi que d’autres maîtres, le travail que Śrī Tathāta et moi faisons ne pourrait pas être aussi avancé aujourd’hui. Chacun apporte sa pierre à l’édifice.

A : Et que dire de l’accélération des temps ? On est frappé par la vitesse avec laquelle se fait votre travail même si la préparation a été très longue, maintenant ça va très vite. La rencontre avec Śrī Tathāta ne date finalement que de février 2000, il y a six ans et demi, et le début de la mission que de l’été 2002. Est-ce la particularité de cette mission, ou est-ce le fait que les temps sont là et que tout doit se mettre en place le plus vite possible ?

M.A. : Les deux sont justes. Les temps sont prêts, la mission a été préparée en sourdine depuis 30 ans par Śrī Tathāta. Le temps est venu pour moi d’être sa messagère dans le monde. Le Dharma Pîtha a été consacré le 6 juillet de cette année 2006, et déjà on peut constater un grand réveil. Je trouve dommage que l’on attende toujours des dates futures, comme 2012, 2018, alors que le présent nous révèle toutes ses richesses.

A : Le temps est illusoire donc il ne faut pas installer d’attente dans le temps ?

M.A. : Si l’on reste passif en attendant les événements, l’on va être amené à souffrir. Les darshans et les enseignements des maîtres aident au réveil des consciences. A chacun ensuite de savoir rester aligné avec cette énergie divine, qui est offerte pour grandir. Avec une telle attitude, le respect se développe, et les relations entre les humains peuvent s’épanouir.

A : Mère, que signifie votre nom Maïtreyi Amma ?

M.A. : Śrī Tathāta m’a donné le nom de Maïtreyi en rapport avec une histoire qui s’est vécue dans les temps Védiques. C’est l’histoire du sage Yajnavalkya qui avait deux femmes, Maïtreyi et Katyâyani. A un moment donné, l’âge venant, comme cela se faisait à cette époque, il voulu se retirer dans la jungle pour finir sa vie en ermite. Il lui fallait donc léguer ses biens à ses deux femmes, alors qu’il était très riche. Maïtreyi lui demanda si avec cet argent elle pourrait obtenir l’illumination. Devant sa réponse négative, elle lui demanda de donner tous ses biens à son autre épouse, qui aimait les richesses. Maïtreyi voulait quant à elle faire l’expérience de la Lumière. Elle lui demanda de l’instruire. En ce qui me concerne, j’ai la conscience depuis l’âge de 7 ans que le but est l’illumination corps-esprit, c’est-à-dire la transformation cellulaire complète. Lorsque j’ai rencontré Śrī Tathāta, je lui ai demandé de m’enseigner cela. Il m’a répondu qu’il connaissait les clés de ce chemin.